samedi 26 mai 2012

Un enterrement à la campagne

L’enterrement dans un village de campagne porte en lui des codes différents de ce que les gens des villes connaissent. Alors bien entendu, il y a l’église, la cérémonie, la famille et les amis, le cimetière, la collation et la fin.
Dans ce village de moins de deux cents âmes (une de moins désormais) au cœur de la campagne de l’Yonne, ce fut différent. Parce que j’avais l’impression que le village était tout entier concerné, même si le monsieur célébré avait seulement fui la banlieue pour ici à sa retraite et jusqu’à sa soixante treizième année, qu’il y avait le soleil et les arbres, la vieille église en pierre du XIVème siècle et son petit cimetière, décoré d’ancêtres tombes, la messe simple, un poème si personnel, une chanson du plus vieil ami inhumé le matin même, clôturant la cérémonie, sa femme, douce, dans l’ambulance, en souffrance et oubliant l’espace d’une heure son Parkinson pour subir une plaie plus féroce que sa maladie, l’autre cimetière, nouveau à la sortie de la commune et ses étendues de pelouses vierges de croix mais remplies de chants de grillons.
C’était l’ami de mon père, né un an jour pour jour après lui et parti onze mois plus tard que lui au même âge. La vie est curieuse, étrange, enfin, la mort, en fait, l’est encore plus.

Après être passés, appelés contraints, par les mêmes mois algériens, ils s’étaient écartés de vue –comme si certains contextes nécessitaient une digestion personnelle- puis retrouvés lorsque leurs fils respectifs ont côtoyé le même collège.
L’histoire était identique pour l’autre ami de mon père, plus ancien et parti lui un an avant le paternel, voilà deux ans, toujours au printemps, entre mai et juin.
Alors il m’est facile de faire des parallèles, de repenser à l’enterrement de Jean-Claude, celui de mon père, celui de Jean-Alain.

Je me suis rassuré pendant que le cercueil descendait dans la terre, que le soleil nous assommait de sa chaleur. Je levais les yeux et je croyais pleinement à cette image des amis qui se souriaient et riaient de nouveau, là-haut, quelque part. Il faut penser à autre chose, s’évader sereinement pour continuer avec tous les moyens en sa possession, trouver d’autres armes afin traverser le combat qui ne peut se vaincre.

De cette journée, de ces kilomètres échangés, en duo avec ma mère, j’imaginais que ce serait encore très difficile pour elle et un retour en arrière pour moi. Je crois qu’elle s’en est bien tirée, et moi, je ne pensais cependant pas être autant touché, pour ne pas dire plus. Je fus content de cette journée, parce que je n’ai pas hésité un instant avant d’accompagner ma mère, sans être forcé, sans me dire que plus vite fait… Non, j’étais heureux d’avoir accompagné Jean-Alain, que je voyais peu, mais dont j’entendais souvent les résumés des repas chez les uns ou les autres. Un peu comme ces amis autour de moi qui marqueront la vie de mes enfants et dont ils souhaiteront, je l’espère, participer, avec ou sans moi, à la dernière communion. il faudra qu’ils vieillissent pour cela, plus de vingt ou trente ans de plus, pour qu’ils réalisent que nous ne sommes pas très différents, très comparables face à l’approche de la fin.
D’un sens, je donne un rendez-vous optimiste à tous, amis et enfants dans trente années et j’espère plus, comme un objectif logique, bien que discutable par la vie.
Je crois que je grandis.

eglise

lundi 21 mai 2012

A l’an prochain

Le week-end dernier achevé, il en reste, comme tous les ans, du plaisir, des regrets et une frustration. Il fut plus calme que d’autres, moins fou, moins alcoolisé, moins musical, moins actif. Ce n’est pas tant que nous prenons de l’âge ou du poids, ou des deux. Ce cru ne délogera pas un des trois premiers du classement, après 2003, un autre plus vieux, et 2011.

En fait dans chacune de ces poignées de jours pendant lesquelles des gars vieux de quarante ans se retrouvent depuis vingt ans et se connaissent depuis trente, nous trions les souvenirs pour ne garder que le plus marquant, le plus significatif.
Nous dérivons plus ou moins proches les uns des autres avec des accostages étonnants, aussi brefs qu’intenses lorsque le besoin se fait sentir de parler.
Peut-être ne sommes-nous plus accordés sur la définition des grands moments.
L’un était fraichement séparé, l’autre en divorce mais sur le nuage d’une autre aventure exaltante, l’un allait se faire licencier, l’autre avait ramené du travail, l’un cherchait toujours l’âme à suivre, l’autre sortait d’une année difficile. Les uns ne voulait plus voir l’an passé, les autres profitaient d’aujourd’hui.
Des grandes lignes de nos vies, nous ne savons plus grand chose. Alors nous discutons football, du changement c’est maintenant (alors que bon, c’est en fait pareil), nous concourrons à la pétanque, au babyfoot et autres, nous finissons les verres au tarot ou face à la télé. Pendant des courts instants, des apartés se créent sans unisson et ce sont ces minutes qui compteront.

Nous rentrons chacun chez nous, à nos vies, avec une certaine satisfaction d’avoir fait une pause et le plaisir de revenir à ce quotidien stabilisateur.

Une chanson restera, obsédante.

mardi 8 mai 2012

Le changement, ce ne sera pas maintenant -peut-être-

Le montage vidéo est terminé, les tests d’encodage font tourner l’ordinateur en mode 24/24 depuis presqu’une semaine. Il faut faire au mieux, s’assurer que tout fonctionne, la résolution, la qualité, le format, essayer désormais de faire entrer de la hd sur un dvd. Tout a vraiment changé depuis ces dernières années et l’assemblage de cassettes VHS à force d’usure de têtes de lecture du magnétoscope parental. Si tout se passe bien, dans une semaine, ce sera, de nouveau, la réunion annuelle des anciens ados vieillissants.
Tout a bien changé également et les dernières années n’épargnent personne. Comme si l’approche de la quarantaine pour certains, cette dizaine juste dépassée pour d’autres ne protégeait plus de la gravité de la vie. Nous sommes toujours un noyau de sept, plus un, plus deux à chaque fois, et le noyau a l’air d’être maintenant de huit. Nous sommes encore là, certains ont déjà raté un épisode, mais j’ai tendance à penser que tant qu’il reste un fond de volonté pour se retrouver, nous y arriverons.

Le lieu n’est plus le même, et ne le sera plus puisque la petite maison normande a été vendue. Il y eu des pointes de nostalgie, balayées par le luxe du nouveau choix. Et puis, nous pourrons encore déménager si besoin s’en faisait sentir, ou si le propriétaire nous expliquait que, malgré sa bonne volonté évidente et son sens du commerce touristique, nous ne cadrions plus avec le style de son logement perdu au sud de la Charente Maritime.
Il est vrai que piscine intérieure, salle de jeux avec ping-pong, baby-foot, fléchette, terrain de pétanque, de badminton, tout ça autour d’un corps de ferme rénové au milieu de la campagne, pour quelques dizaines d’euros par tête les quatre jours…
Alors cette année, va falloir la jouer tactique côté tsunami dans la piscine, va falloir calculer la taille et la direction des vagues. Le proprio accepte le côté festif, l'esprit joueur et, qui dirait grandguignolesque de l'histoire, il a fait mine de ne pas avoir entendu les chants paillards beuglés à la pleine lune, ni d'avoir senti la perte de self-contrôle alcoolisé,  mais l'aspect aquatique, pisciculture de tanches et élevage d’huitres entre son canapé et son écran plat, je ne suis pas sûr qu'il ne nous explique pas la vie à coups de fourche dans la gueule.

Ensuite. Que nous dirons-nous lorsque la nuit sera tombée depuis longtemps. Y aura t-il ces histoires de divorce, de maladie, de décès, de vies envahies par le travail, simplement déçues ou des discussions politiques très actuelles, parlerons-nous de football, invariablement. Y’aura t-il ces dialogues ou ces monologues lâchés parce qu’impossible à retenir dans un moment entre parenthèses.
Penserons-nous sans anticipation, sans préméditation qu’il sera bon temps d’aborder te ou tel sujet, à cœur, juste pour se soulager d’un poids parce que nous saurons que celui ou ceux qui sont en face ne jugeront pas ou tout simplement seront capables d’écouter.
Je ne sais pas si ces instants, ceux que nous retiendrons même lorsque les bouteilles seront vidées, existeront. Nous nous échappons les uns, les autres avec les années.
Tout change. Connement. Aussi.

Pourvu que nous soyons complets dans une semaine.

web

lundi 7 mai 2012

Rangements

Je range une bibliothèque, brièvement. Je range des cds. Il faudrait que je les range mieux que cela, je ne sais pas, par exemple, francophone, étrangers, style, ceux que je n’écoute plus tout au fond. Le mois de mai est entamé.
Il y a comme une tension personnelle qui revient et que je reconnais désormais. Peut-être ces weekends plus longs donnent-ils le temps d’y penser. A moins que l’échéance effrayamment rapide de la mort du pote de mon père viennent se rappeler à d’autres heures sombres. Ses deux fils ont reçu hier l’appel du médecin indiquant qu’il fallait venir, rapidement. Je connais la teneur de ce message, ce qu’il dit sans franchise mais avec un tact peut-être certain.
La dernière fois que je l’ai vu, c’était pour pleurer ensemble, voilà bientôt un an. J’ai le son de sa voix en tête, le rappel de certains échanges et les vieilles photos qu’il nous avait rapporté ce jour là, comme un bien plus précieux que tout.

A la fin du mois, ce sera aussi le passage du gué, un an de plus. Onze mois plus tôt, je disais ne plus vouloir fêter en grandes pompes cet anniversaire qui ne sera jamais plus comme avant. Aujourd’hui, cela n’aura pas changé, plus encore, peut-être aggravé, je ne veux ni gâteau et ne me soucie pas du reste. Ce n’est pas une question d’âge, d’une coquetterie à la con. D’ailleurs, je pense m’en sortir relativement bien, et puis j’ai perdu du poids depuis l’automne, mes cheveux blancs s’adaptent avec aisance d’autant plus que je ne les regarde pas. Tout simplement, je n’applique pas les principes que nous voulons imposer à ma mère, ce truc qui dit que la vie doit continuer. Bien, elle continue.
Alors je vais faire ma tête d’imbécile, rigide, têtu, borné, comme au jour de l’an.

Dans huit semaines, ce sera le premier vrai rappel du temps des compromis. Car la nouvelle vie est faite d’arrangements, tactiques, techniques, sentimentaux. Je plie et repasse les souvenirs au fond des tiroirs en me disant qu’ils seront plus doux encore plus tard. Je m’assoie à certaines places sans vouloir jouer un rôle, tout en faisant abstraction de la réalité. Je tourne et retourne la chevalière à mon doigt, cet anneau qui ne porte pas mes initiales. Je me suis reforgé cette sorte d’armure qu’on espère plus épaisse à chaque coup, sans cachet, sans alcool, avec mes proches, avec le travail. Je sens qu’il ne s’agit que d’une fine pellicule, forcément insuffisante. Est-ce qu’elle ploie mieux que la précédente, comme un roseau plutôt qu’un chêne.
C’est donc vrai que le temps travaille à nos côtés. C’est étrange et parfois injuste. La gomme efface trop à force de ne plus vouloir y penser. Tout est ancré, profondément mais à la surface, tout se lisse.

Ma mère a compté. Ce sera sept hommes, proches, dont six pour ces onze derniers mois. Il ne reste presque que des veuves et des enfants sans père. Nous nous sommes dits que le premier de la série battait le rappel des troupes, pour s’amuser moins seul, là-haut. Nous en avons souri. Et puis, je pense que ça nous rassure aussi de le savoir avec des amis, en plus de tous ceux qui l’ont précédé.

En mai, l’an dernier, nous prenions, non loin, un champ de blé parsemé de coquelicots.
Toutes ces fleurs, ça en fait du monde.

2011_05 Champ de coquelicots

vendredi 20 avril 2012

Un avril dépensé

Avril ne te découvre pas d’un fil, avril la chanson de Voulzy, avril poisson, avril Pâques, avril le premier tour, avril ah oui le printemps.
Il devrait y avoir une sorte de renaissance, réactivation, sortie, enfin, c’est la saison du nouveau qui revient. Je souffle, un peu. En fait non, je pense déjà à mai. Il faut dire qu’on est déjà le 20.

Demain, une semaine vers le Sud Ouest, sous les giboulées, une température de mars, avec des amis. Je ne sais pas vraiment si cela me conviendra, j’aime tant être seul, ne pas se sentir obligé d’un autre rythme que le sien pendant ces temps là.
Raisonnablement, je ne devrais pas profiter de ces cinq jours ailleurs mais plutôt distribuer des plaquettes, prendre des rendez-vous, empêcher ce ralentissement constaté depuis un mois. Comme les sollicitations sont moins nombreuses, il ne reste que les aspects négatifs. Nous passerons.

Un gravier qui fend un pare-brise, un iphone dans une machine à laver (putain, merde, chié, première fois que cela m’arrive de laisser un truc dans un vêtement).
La parrain de mon fils m’appelle pour m’informer du décès d’une fille, même pas une véritable copine de lycée, disons, la copine d’une autre, une sœur jumelle; elle est tombée d’un cancer à 39. Je me dis toujours que ce n’est pas possible ces choses là. Au printemps. Mon cul oui.
Alors je vais appeler l’autre pote pour lui dire. Je ne sais plus avec laquelle des deux sœurs il était sorti au lycée. Je ne sais pas si c’est bien de transmettre comme un corbeau l’augure pourri. En fait, pendant ce temps, on se dit toujours la même chose, que ce n’est pas nous, même que c’est mieux ainsi, on se dit aussi que ça arrive, que parfois, ça passe tout près, trop près.
Alors finalement, mon iphone avec un écran rétina aux reflets aquatiques (qui fonctionne encore, c’est solide ces choses là quand même), ça fait chier, mais un peu moins. C’est la relativité des choses. Alors je pense à d’autres choses et je me dis que des iphone noyés, j’en balancerais bien des dizaines dans l’océan si cela pouvait contrebalancer d’autres évènements.

Le père d’un autre pote a subi un quintuple pontage voilà dix jours. J’ai suivi l’affaire, il est de la même année que mon père (chouia environ) et puis, j’ai si souvent été chez lui gamin et ado pour jouer avec les trois fils. Intérieurement, je me disais le jour de son opération, putain non, pas trois années de suite, pas trois paternels du groupe de potes de suite, toujours au printemps. Encore que non, mon père, c’était sept jours après le début de l’été.

A côté, il y a cette dame qui appelle à 20h30 parce que vous comprenez, son ménage n’a pas été fait tout à fait comme il aurait fallu dans sa maison. Elle, c’est une femme active, qui travaille, qui rentre tard, qui se donne de l’importance, qui peut du coup, expliquer la vie aux autres parce qu’elle est énervée le soir, et fatiguée. Il n’y a qu’elle et son petit problème de client qui se venge sur le prestataire de services parce que parfois, il faut bien trouver un punching-ball pour se soulager. Il aurait fallu que je la rappelle dans la foulée de la fin du JT pour que je constate que la poussière était encore là où elle ne l’attendait plus. Je n’ai pas rappelé, j’aurais pu être désagréable.
Le lendemain, c’était réglé avec une nuit réparatrice. Ce lendemain, c’était un homme qui, de week-end en week-end, trouvait toujours du temps pour envoyer un e-mail afin de faire son analyse critique du coup de chiffon ou coup de balai de la veille. Malgré tous les efforts, et le temps, malgré tout. Et ce week-end là, c’était trop nettoyé au point que sa fille se cassait la gueule dans l’escalier briqué et ça n’allait pas non plus. La fille avait des bleus, je compatissais mais je ne disais pas qu’elle avait peut-être à ne pas courir dans l’escalier. Il ne faut pas courir dans les escaliers, mes parents me l’ont assez répété.
Et puis, il y a ce notable qui veut que l’on nettoie son bureau même quand il est là, sauf que quand il est présent, ça le dérange. Alors, que faire d’un problème aussi sensible si ce n’est de lui mettre le balai à franges dans la gueule.

Ces trois gens-là, ponctuellement, me font tomber. Tomber, plutôt que de laisser filer le temps qui sépare le printemps de l’été.
Ces gens-là, et je pense à Brel et que parfois, je dois bien en être aussi.

samedi 14 avril 2012

Diaporamas

Une cop’ de collège passe la quarantaine, il y aura fête, invités (aussi quarantenaires), buffet, diaporamas de vieilles photos, un micro et peut-être des anecdotes. Il y aura des tas d’enfants qui courront dans la grande salle, de ces petits personnages qui se jaugeront quelques minutes avant d’imaginer des scenarii et de se projeter en jeux dans toutes les directions avec bruits et vivacité. Ce sont nos gamins, ceux que nous n’imaginions pas lorsque nous étions dans nos propres cours de récréation.
Quel besoin a-t-on d’insister grandement sur le temps qui passe par dizaines en se réunissant, fiers d’être parvenus jusque là plus ou moins en bon état, fracturés ou bienheureux, souvent les deux à la fois, parce que vingt années de vie grosso modo adulte ne se font pas sans maux.

Je me suis plongé brièvement dans ces albums photos de l’époque pré-numérique, lorsqu’il y avait pellicule, développement argentique, négatifs, et appareil photo encombrants et lourds (mais nous trouvions cela normal).
Il m’en faut si peu pour revenir en arrière, même si le besoin se montre moins présent. Il n’y a plus de nécessité, tout est plus assumé.
Alors évidemment, collège, 14, 15 ans, il faut retourner bien loin, peut-être trop. J’ai revu ma vie en accéléré. Ma vie est devenue ces photos dont les couleurs passent.
Je ne me souviens pas de tout: les clichés me rappellent les histoires et plus le temps passe moins je retrouve les histoires sans ces images associées et collées sur ces livres poussiéreux.

Je ne joue presque plus avec les teintes et les contrastes de mes aventures romancées. Il reste deux ou trois impressions, quelque chose d’éperdu, un amour introverti plus beau aujourd’hui. Les questions restent sans réponse mais ce n’est plus très grave, pourquoi ne l’ai-je pas embrassée alors, est-ce que, et si, mais comment reforger un passé tout en souhaitant le même présent.

Alors, j’ai sélectionné plusieurs photos, cette cop’ est si sérieuse qu’il est difficile de trouver ce qui la ferait rire sans mauvais esprit. Rousse qu’elle disait blonde vénitienne, nous disions crâne rouillé. Et puis elle a un surnom dont il a fallu qu’on me rappelle que j’en étais l’auteur (les raisons sont sombres et floues).
Il y a surtout les vacances libérées des premières années post majorité, Châtel, et la Costa Brava sous le soleil, la classe de neige plus tôt, les anniversaires et soirées d’époques. Je le savais déjà alors, peu de gens de mon âge prenaient de photos, je suis quasiment le seul à avoir immortalisé. J’en avais pourtant profité, de ces moments, même avec la bandoulière autour du cou, et puis, j’en profite tant aujourd’hui.

Je pense à elle, droite et irréprochable sous les aspects qu’elle a toujours bien voulu nous montrer, maman de trois petites filles. Comme les autres amis, le passage à la paternité ou à la maternité était une sorte d’électrochoc du changement, la trace de la révolution. C’était si curieux avant, et si normal maintenant.

Cette année, je n’ai pas oublié la date exacte de son anniversaire. Bien des fois, je me trompais à un jour près, peut-être deux. Elle n’était pas toute seule début avril.
Les dates se succèdent et en fait les mois passent.

lundi 9 avril 2012

Individus

J’aime le principe de l’individualité. Le monde est une addition d’êtres originaux, possédant leurs différences et leurs ressemblances. J’associe ce mot à personnalité. Pourtant, les semaines passant (pour ne pas dire années, voire décennies) et je constate l’individualisme forcené de mes congénères. Ce pourrait être positif, mais au bout du compte, il y a cette rime avec égoïsme qui s’impose. Alors, il parait que ce serait une conséquence de l’acquis social.
Je lutte pour me persuader que ce n’est pas un caractère inné. Encore que le sujet mérite bien des débats.

La Société nous rend de plus en plus individualiste. Certes, je suis, de part mon caractère un véritable exemple à ce dictat du “l’enfer c’est les autres” et du “pour vivre heureux, vivons cachés”.

Je ne sais pas finalement, ce qui m’aura poussé dans cette entreprise de services, tournée par essence vers les autres, avec cette notion extraordinaire du ‘rendre service’ (pas gratuitement, mais tous les principes ont des écarts de conduite). Alors je rencontre des gens, plein, tous individualités à part entière auxquelles il faut s’adapter et apporter la bonne version de l’aide, celle correctement personnalisée. Le Client est unique et il faut qu’il s’en rende compte. Sauf que je n’ai jamais été commercial dans l’âme. De temps en temps, j’exagère, je dis des choses que je ne pense pas tout à fait car je sais qu’elles sont très utopistes mais il faut rassurer, accrocher la confiance. Et j’ai confiance en ce que je fais, ce que j’essaye de faire.

Dans toutes ces personnes croisées, il y a ces gens sans compassion, sans empathie.
Empathie: capacité de ressentir les émotions de de quelqu’un d’autre
Cette façon d’être ne s’invente pas artificiellement (j’aime à le croire), on fonctionne ainsi, ou non. J’essaye d’être empathique, j’aime l’être, tenter de chercher chez les autres comment ne pas perturber leurs bulles et comprendre la manière très personnelle dont ils fonctionnent. Humainement, involontairement, c’est passionnant, c’est instructif, c’est encourageant. Car derrière le mur, il y a la compréhension, le respect de tout un chacun, l’amabilité, l’éducation.

Force est de constater que certains humains sont foncièrement inhumains, sans se préoccuper une seconde des difficultés rencontrées par l’autre, ils jugent, évaluent, dictent, plutôt, édictent, font ces grands discours.
Dans ce métier étrange, une minorité individualiste va démonter tout le labeur d’une majorité.

Je m’aperçois que je m’embrouille tant le nombre de versions varie à chaque individu. Je ne rentre pas dans le détail, volontairement. Pourquoi raconterais-je tous ces cas de malhonnêteté ‘intellectuelle’ qui conduisent une personne à pleurer, à s’apeurer, à se confondre sous prétexte qu’un con ou qu’une conne ne se positionne pas correctement face à un autre être humain.

Et là, malgré un sourire de façade, la compréhension tentée, je n’en reste qu’à la solution de la tarte dans la gueule. La bonne tarte dans la gueule qui soulage, bien qu’elle ne solutionne pas.

J’oublie alors l’empathie, je ne suis pas maso.